Une nouvelle dictature

J’aime à utiliser les réflexions livrées par deux utopies que sont les romans 1984 de George Orwell et Brave New World d’Aldous Huxley. Dans un style accessible à tous, ils tissent avec une étonnante clairvoyance encore plus pertinente aujourd’hui deux des futurs possibles et même probables de notre humanité.

Celle de ces deux réflexions que je souhaite utiliser aujourd’hui est celle d’Orwell, et plus particulièrement son développement intellectuel autour du novlangue, cette langue modernisée, et finalement ce moyen de contrôle de la société.

Le novlangue

Le gouvernement fasciste de cette société cherchant à contrôler par tous les moyens possibles ses citoyens, il façonne une langue officielle, le novlangue, ou Newspeak en anglais, consistant en :

  1. Une simplification drastique de la grammaire et du vocabulaire
  2. Une suppression de tous les mots potentiellement hostiles au régime
  3. Une suppression de tous les mots à connotation négative, qui seront décrits à l’aide d’un préfixe in-, par exemple : En Bretagne, il fait in-beau

Ces modifications sont propices à un lavage du cerveau auto-entretenu, permettant de supprimer toute pensée sortant du cadre de la servitude et de l’adhérence aveugle aux idées du régime. Orwell montre de fait l’influence de la langue sur les idées. Une langue riche sera propice à la pensée, et la perte de cette richesse asservira la raison de l’homme.

Le raisonnement d’Orwell, dans le contexte des grandes idéologies du XXe siècle, propose un totalitarisme imposé par la force. Cela n’a plus grand risque d’arriver aujourd’hui, malgré ce qu’en disent les allemands. En revanche, la propagation sous-jacente de règles restrictives transformant la scène politique en un concours de marcher sur des œufs serait parfaitement possible …

Politiquement votre

De fait, ce qu’on appelle politiquement correct est une manière douce et gentille de s’exprimer, nouvelle arme des bien-pensants, pour ne pas faire de discrimination envers tel ou tel groupe de personnes, ou pour adoucir des réalités bien moins roses. Ainsi, on ne parle pas de suicide assisté ni même plus d’euthanasie mais d’assistance médicalisée pour mourir dans la dignité. Quiconque se prononcera contre le mariage homosexuel sera aussitôt taxé d’homophobie, ce qui selon moi est plutôt gênant si l’on souhaite que cette hypothétique loi puisse faire l’objet d’un débat. On peut parler de la suppression du terme mademoiselle, étant discriminatoire pour les femmes. D’ailleurs, c’est mal de tenir la porte aux dames. Encore plus fort, Michèle Delaunay, ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie, propose le remplacement du mot vieillir qui a une connotation négative, alors c’est pas bien. Dis moi, Michèle, si le mot vieillir a une connotation négative, ce serait pas juste une histoire de coutume ? La sémantique n’y est pour rien, si ? Alors pourquoi avancer en âge ne serait pas à terme également porteur de cette connotation ?

Finalement, cette manière douce de parler impose de force d’exposer certaines idées, celles de ces bien-pensants, au détriment d’autres. Ne rejoindrait on pas d’une part le sophisme et de l’autre le novlangue ? En tout cas, toute cette procédure insidieuse a un nom : la pensée unique. Liberté, égalité, fraternité. Vive la liberté d’expression.

Sous prétexte de politiquement correct, sur la scène médiatique nationale comme sur Twitter, nous sommes tenus de choisir nos mots, non pas pour trouver les plus appropriés, mais pour rester dans un flou certain qui ne doit heurter aucune des 70 millions de sensibilités différentes de notre pays, sans parler des autres média européens … On n’est pas rendus ! En effet, on perd en concision, en acuité intellectuelle, ce qui donne lors des discours politiques cette désagréable impression que les orateurs parlent pour le rien dire.

Finalement,

  1. Il faut se ranger aux idées que d’autres ont forgé pour nous, sous peine d’être étiqueté raciste, homophobe, extrémiste ou intégriste.
  2. Il est indispensable de choisir des tournures alambiquées cachant la réalité des choses dans de grandes périphrases pompeuses et vides de sens. Cette langue de bois est le principe de la préciosité, dont Molière ne disait pas que du bien …

(Vous avez vu, il a dit tapette ! C’est discriminatoire !)

Conséquences

Les maux les plus immédiats de la dictature du politiquement correct engendrent une question importante : Si, brouillé au milieu de cette effusion de termes doux, la totalité du discours politique que nous observons est inefficace, ou se prennent donc les décisions effective ? Loin de moi l’idée d’adhérer à une théorie du complot, mais si les seules actions véritables sont cachées du peuple pour ne pas l’offusquer, quid de la démocratie ?

Par ailleurs, cette façon bien-pensante de parler ne sert-elle pas uniquement à donner le change, à donner bonne conscience, à laisser croire que l’auteur est tolérant et veut le bien de ses compatriotes ? Or il est évident que cette tolérance et cette volonté d’agir pour le bien commun plutôt que pour son profit personnel n’est pas l’apanage de tous les hommes politiques, loin s’en faut. Dès lors, le politiquement correct entrave la franchise que nous souhaiterions tellement voir dans les discours. Plus grave encore, l’opinion publique se contentant de la bien-pensance de l’orateur, elle laisse le droit à celui-ci d’avoir toutes les tares et une moralité aussi piètre qu’il le veut, pourvu qu’il se prononce défenseur la liberté et solidaire de la cause des ours polaires. Finalement, on n’exige plus de nos hommes politiques qu’ils soient des êtres droits et honnêtes, ce qui semblerait pourtant être un prérequis nécessaire à toute personne prétendant représenter et défendre ses semblables.

D’une idée visant à promouvoir la tolérance et à bannir tout propos déplacé, on a construit un nuage insipide d’interdictions, sous peine de scandale planétaire. De fait, c’est le pouvoir des média que de décider que telle idée qui ne peut être réfutée par la raison est scandaleuse. Ce qui impose donc d’avoir l’opinion inverse. Par qui sommes nous donc gouvernés ? Pas exclusivement par nos élus, en tout cas. Le politiquement correct s’oppose de facto à la démocratie, principe premier et inaliénable de notre société.

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3 commentaires sur “Une nouvelle dictature

  1. […] La nécessité de ne pas occulter toute forme de contestation sous prétexte qu’elle serait politiquement incorrecte ou homophobe et discriminatoire me laisse songeur sur la capacité à prendre des décisions […]

  2. […] pas du à leur impunité due au sacrosaint respect des individualités (et à la hantise de la discrimination), mais tout simplement parce qu’ils ne savent pas obéir. L’obéissance en effet […]

  3. […] à cause de leur impunité due au sacrosaint respect des individualités (et à la hantise de la discrimination), mais tout simplement parce qu’ils ne savent pas obéir. L’obéissance en effet […]

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