Sortir de la crise : mais à quoi bon ?

Chefs d’états européens cherchant comment sortir de la crise.

Titre choc, je vous l’avoue. Et ça se comprend. Le rêve de tout économiste, de tout homme politique, de tout européen ne semble-t’il pas être devenu de survivre à la crise, de sortir de la crise, d’en finir avec ce pessimisme boursier, de pouvoir retourner à la normale, i.e. au mode de vie que nous avions avant la fatale date de 2007 et de ses subprimes ? Ce rêve est la conséquence logique de la souffrance engendrée par les taxes qui pèsent sur le dos de tout français, de tout espagnol, de tout portugais, de tout grec. Mais pourquoi donc cette crise ?

Je ne suis pas économiste, et je peux même dire que mes connaissances de ce domaine sont proche de zéro. Mais je suis citoyen, et je m’informe, ce n’est pas si mal, si ? En lisant des articles économiques, les journaux et en étant attentif à toutes sortes d’informations relatives au monde économique, on se rend aisément compte à quel point le modèle capitaliste est vain par construction. Si vous avez le courage (et le temps), le visionnage de cette vidéo rend compte du problème. J’ai quelques réserves concernant le point de vue politique donné par Etienne Chouard, bien plus pessimiste que Machiavel, mais son récit et surtout les clips insérés dans l’interview sont très éclairants sur le monde économique qui nous gouverne.

Pour comprendre le phénomène, il est nécessaire d’expliquer le principe d’un emprunt à la banque. Contrairement à une idée répandue, lorsqu’une personne réelle ou morale – c’est-à-dire un citoyen, une association, une société, un pays … – fait un emprunt à une banque, cette dernière ne puise pas dans les réserves dont elle dispose, mais crée – oui, comme ça, aussi simplement que cela1 – le montant sur le compte de la-dite personne. Elle s’engage cependant à détruire cet argent au fur et à mesure qu’il est remboursé. C’est ainsi que fonctionne tout emprunt, des 1000€ que vous avez emprunté à court terme pour boucler votre fin de mois jusqu’aux 35 milliards du grand emprunt français de 2010. Bon, déjà le fait que la banque perçoive des intérêts – que vous n’avez pas créés tout seul, ceux-la – pour la simple peine d’écrire une somme sur un bout de papier peut laisser un sentiment d’injustice. Il est vrai que la banque propose de nombreux services et emploie de nombreuses personnes qu’il faut rémunérer, et que plus les emprunts sont élevés et sûrs, plus les taux sont bas, par un simple calcul probabiliste. Mais ce n’est pas au niveau des particuliers, le problème. Le problème se situe plutôt à l’échelle d’un pays.

Le système mondial capitaliste est tel que la plupart des liquidités en circulations sont crées par une banque et donc vouées à disparaitre. Pour que la machine fonctionne, le monstre de Steinbeck, il faut que des liquidités soient disponible, soit que le monde emprunte. Les états sont donc voués à emprunter. Donc voués à payer des intérêts, à subir le poids de leur dette et de ses intérêts. In fine, les états payent les banques. En permanence. Avec une contrepartie toute relative. Dans le meilleur des cas, le budget du pays est équilibré et ce dernier peut se contenter de payer son tribut aux banques tous les ans sans avoir besoin d’emprunter en plus. Dans le pire des cas, le pays doit emprunter plus pour payer ses intérêts, ce qui crée un cercle vicieux et une faillite du pays alors que ses citoyens travaillent assez pour payer leurs dépenses. Cela semble scandaleux. Mais c’est la manière dont fonctionne le monde économique, et c’est cela qu’on nomme la société de consommation. L’économie tourne parce que l’on consomme. Et tel que le système est instauré, les banques créent les liquidités disponibles et gagnent des intérêts dessus, leur permettant de réinvestir et de remettre l’argent en circulation à leur profit, tandis que les pays manquent sans cesse de liquidités et doivent à nouveau emprunter. Bien sur, on pourra objecter que certains pays empruntent à des taux négatifs. Mais ce phénomène est très limité. Il s’agit le plus souvent d’emprunts à un taux inférieur à l’inflation, les emprunts à taux réellement négatif ne concernant que des emprunts à court terme visant à re-dynamiser un peu les marchés.

Même en prenant cela en compte, le bilan semble lourd. Le système me semble injuste, injuste depuis sa création. En dehors de ces temps de crise économique, il ne survit pas trop mal grâce au travail des économistes et des financiers, qui entretiennent la machine en place pour la bien au court terme de l’économie mondiale. Mais la crise des subprimes déclenchée par une massification d’américains insolvables et d’un boursicotage massifs de millions de Kerviel, est révélateur de la réalité d’un monde qui n’est plus fondé sur la valorisation du travail. Pour moi, un système économiste juste tiendrait l’argent comme rémunérateur d’un travail, et comme valorisation de tel ou tel objet. La perte de cette réalité est la source du problème. Que gagner de l’argent permettant d’obtenir de quoi vivre puisse s’obtenir sans le moindre travail est scandaleux. Bon, il faut nuancer, c’est sur. N’allez pas voir ici une condamnation sans appel de tout système capitaliste, qui reste ce que nous avons trouvé de moins pire pour le niveau de vie, la liberté, la justice et la sécurité des individus. La notion de faire fructifier un argent réel par différents procédés ne me semble pas intolérable. On possède cependant un bien qu’on a obtenu par notre travail ou celui de nos parents, créant de facto un patrimoine. Mais quand il s’agit d’un argent sans réalité physique créé par le même organisme qui touche des intérêts dessus, et l’on donne un pouvoir important à une banque qui ne cherche que son intérêt propre. Bien sur, il y a des limitation. La banque doit posséder 2% de l’argent qu’elle crée. Mais quelle blague ! 2% ?! Pour mieux comprendre le scandale, prenons un exemple très simplifié. Avec 1000€, je peux créer 50000€, ce qui me permettra de récupérer, mettons, 10% d’intérêts, soit 5000€. Au bilan, j’ai multiplié mon capital par 6. Et je recommence. En itérant le procédé, on peut s’enrichir sur le dos du marché auquel on prélève des liquidités. C’est un système profondément injuste par essence, qui n’a pas tellement de choses en commun avec ce qu’on appelle usuellement démocratie.

Quelque soit la théorie économique adoptée, cela ne marche à l’évidence pas.

Maintenant, que faire ? Face à un système qui montre ses limites à court terme, on ne peut rester inactif. Un jour, le système capotera. Mais anticiper cette situation d’urgence est nécessaire, car avoir réfléchi posément à la question permet de ne pas être pressé par l’urgence de la situation et d’augmenter nos chances de trouver une bonne solution. Dressons un bref aperçu des possibilités qui s’offrent à nous.

  • Retourner vivre dans les bois avec notre arc et nos peaux de buffle. Cela est assez récurent dans les descriptions de l’ère post-moderne dans la littérature moderne. Mais nier les progrès scientifiques, sociétaux de l’histoire de l’humanité serait une absurdité sans nom. De plus, le chiffre inouï de 7 milliards d’êtres humains rendrait impossible la capacité de subvenir à ses besoins sans organisation2 .
  • Se révolter, faire la révolution. Puis tenter de fonder un système économique moins capitaliste, plus économe, moins consumériste. A l’ancienne, finalement3. Cela ouvre le débat de la possibilité d’assurer un système plus juste mais toutefois pérenne, débat qui ne peut voir de réponse évidente. Mais le problème principal réside en la question de la possibilité de fonder un système juste après une révolution. Ce que l’on peut déjà dire, c’est que fait de ne pas avoir de projet constitué ouvre la porte à la réitération des conséquences de la Révolution Française de 1789. Terreur, succession de régimes totalitaires, car l’utilisation de la force pour renverser un système rend ensuite difficile l’apaisement nécessaire à l’établissement d’un système juste.
  • Tenter de réformer le système actuel avec ténacité et fermeté, sans céder aux lobbies, mais en continuité de ce qui existe. Réformer, supprimer ce qui est néfaste, simplifier ce qui complique sans autre raison que la succession de lois sans abrogation des précédentes. C’est à mes yeux ce qu’il y a de plus judicieux. En effet, c’est le seul moyen d’avancer lentement mais surement, sans reculer de trois pas ensuite, de contrôler ce qu’on fait, de ne pas débrider la violence. Mais cela demande du courage, un projet précis, un consensus mondial. Il faudrait définir le système vers lequel on souhaite migrer, puis les étapes permettant d’effectuer le changement. Mais seul un consensus mondial imposant ses volontés aux marchés boursiers, aux entreprises, et à tous, pourrait y arriver. Mais les G8, G20, et autres Grenelles, n’agissent pas véritablement, pas assez en profondeur, ne se mettent pas d’accord. Cela n’aboutit à aucun choix important à long terme, ce qui serait absolument nécessaire. Et cela, pour s’affranchir vraiment de la crise, dont les effets et conséquences risquent de nous poursuivre indéfiniment
  • Une dernière option, celle de ne rien faire, n’est pas un choix mais est due en fait à l’absence de choix. En effet, contempler le spectacle de la dégénérescence (relative) de notre société n’est pas une attitude acceptable, notre devoir de citoyen étant d’agir, d’alerter quand notre monde est en faillite. Mais la réalité est celle-la. Sous prétexte de marge de manœuvre restreinte – car on s’accroche à notre niveau de vie occidental confortable –, les politiques n’agissent pas en profondeur, et tentent d’écoper le navire alors qu’’il faudrait retourner à la cale et le réaménager de fond en comble.

Car oui, il est possible de se relever dans ces conditions. Et il faut agir. Agir dès maintenant, en profondeur, dans la durée. Abroger ces fondements inégalitaires et néfastes. Et la, c’est aux pouvoirs politiques d’agir, d’avoir du courage. Et c’est aux citoyens de leur faire confiance, d’accepter leurs décisions visant à réduire les dépenses, entériner les spéculations dangereuses, compromettre l’avenir faussement radieux de l’emprunt à long terme à la terre, aux banques, etc. qui donne l’illusion de gratuité, de ne pas avoir besoin de rembourser.

Antoine de Saint-Exupéry disait :

Nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants

Il avait raison. Au sens figuré, mais aussi au sens propre. Et vos enfants, c’est nous, les jeunes. C’est nous, les étudiants, c’est nous qui payerons quand cela basculera. Vous, les politiques, vous ne serez plus la, alors vous pouvez bien continuer à profiter de l’existence en laissant les choses se dégrader le plus lentement possible. Mais est-ce un comportement responsable, lorsqu’on a du pouvoir, d’être incapable de réfléchir à long terme ? Au nom des jeunes, des enfants, je vous le demande.

Cet article est un peu polémique, je vous l’accorde, un peu coup de gueule, un peu fuck the system, mais il me semble important de prendre conscience de la nature des forces qui gouvernent notre monde. Certes, les choses sont beaucoup plus complexes que l’étendue de ma petite étude, et le système actuel permet à des entrepreneurs sans capital d’emprunter pour en créer un, créer du travail, et rentabiliser ce capital, ce qui est très louable. Mais pour plus de transparences – et moins de liberté ? – , je serais assez favorable à une nationalisation du moins partielles des banques, exerçant un contrôle par une instance neutre et une certaine abnégation. Le temps ou les entrepreneurs devaient aller chercher leur capital initial chez les particuliers est définitivement clos, ce qui permet un financement plus facile mais crée selon moi un manque de réalisme sur ce qui ne devrait être qu’un vecteur de travail et de produits matériels.

Une autre solution, une autre société, un autre système plus juste et plus pérenne sont à trouver. Cherchons.


1. En fait, pas exactement. Ce qu’elle fait est contrôlé par une banque centrale, qui régit ce genre de choses. [←]
2. Et de trouver assez de buffles pour tout le monde. [←]
3. Sans non plus croire que c’était mieux avant, ce qui est profondément absurde. [←]

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3 commentaires sur “Sortir de la crise : mais à quoi bon ?

  1. pepscafe dit :

    Bonjour !

    En réalité, j’ai pris conscience que ce n’est pas la cupidité qui a plongé le monde dans une crise financière sans précédent : c’est l’intelligence….;-)

    http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/07/03/ce-nest-pas-la-cupidite-qui-plongea-le-monde-entier-dans-une-crise-financiere-sans-precedent-cest-lintelligence/

    Bonne continuation !

    « Pep’s »

    • jjdandrault dit :

      J’ai lu votre article.
      D’une part, vous ne démontrez en rien que la cupidité n’est pas la cause de la crise.
      D’autre part, il me semble que les hommes ont mis leur intelligence au service de leur cupidité pour assurer une maximalisation des profits. Et l’homme met son intelligence au service de toutes ses actions. Ce n’est pas l’intelligence qui est blâmable, c’est l’objectif et les moyens employés.
      Néanmoins, les articles et les versets auxquels vous vous référez sont très intéressants, merci !

      • pepscafe dit :

        Merci de votre réponse et de votre lecture attentive !

        Vous commentez fort justement : « il me semble que les hommes ont mis leur intelligence au service de leur cupidité pour assurer une maximalisation des profits. Et l’homme met son intelligence au service de toutes ses actions. Ce n’est pas l’intelligence qui est blâmable, c’est l’objectif et les moyens employés ».
        C’est tout à fait cela. C’était là l’objet de l’article.

        Vous me reprochez ensuite « de ne pas démonter que la cupidité n’est pas responsable de la crise ». En fait, la démonstration est plutôt indirecte. Je disais que je le croyais en partie et non exclusivement(voir plus haut). Je ne suis pas si je suis clair.

        Bon WE !

        « Pep’s »

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