J’irai manifester dimanche

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Il y a quelque temps de cela, je vous faisais part de mon intérêt pour le sujet du Mariage pour tous, projet de loi du gouvernement, dont la célébrité n’est plus à mettre en cause. Je vous avais dit que j’envisageais de revenir sur le sujet ; c’est donc ce que je ferai ici. A cette époque-là, j’avais lu beaucoup de choses à ce propos, et j’ai continué à le faire, en recoupant toutes sortes d’arguments, très fondés pour la plupart, mais sans réellement me les approprier. Ces débats, ces dialogues, ces évènements, ces arguments, ont fait leur chemin dans ma tête, et j’ai pu finalement me forger ma propre réponse. N’attendez-pas que je cherche à convaincre qui que ce soit avec un arsenal d’arguments bétons, j’en serais bien incapable. Mais je vais essayer de transcrire ici le cheminement intellectuel qui m’a amené à prendre la décision d’aller à la manifestation de dimanche. En effet, je n’étais pas allé à celle du 17 novembre, et ce pour deux raisons, fils conducteurs de cet article. D’une part, je n’étais pas intimement persuadé de mon opposition au projet de loi, et de l’autre, l’idée de la manifestation ne me chantait guère. Commençons par le début.

Finalement, que les gays se marient, quelle importance ?

Je baigne dans un environnement catholique majoritairement hostile au mariage homo. A partir de là, j’ai entendu beaucoup de choses dans tous les sens, pour expliquer en quoi un couple homosexuel qui se marie, ce n’est pas une bonne chose, car transforme le mariage, les normes de la société, etc. Cela m’a satisfait un certain temps, ces arguments un peu tout fait me dispensant de me forger ma propre opinion. Mais en y réfléchissant, ce bouleversement un peu fin du monde style ne me semble pas si latent, et il faut reconnaitre que quand on a dit la même chose du Pacs, cela n’en a rien été. Et puis, au juste, là où j’en suis, qu’est ce que j’en ai à faire que des homos se marient devant M. le Maire pour se sentir acceptés par la société et se sentir égaux aux autres … S’ils en ressentent le besoin, qu’est-ce que cela peut me faire ? Si cela peut permettre d’aider des personnes qui ne se sentent pas toujours acceptées, voire pas toujours respectées, tant mieux, non ? Si ça bouleverse le mariage civil, au pire, qui y croit encore, au mariage civil ? Pour moi, il n’y a que le mariage religieux qui a du sens. A partir de là, finalement, j’aurais préféré m’en fiche que d’être contre. Au final, le mariage homo, ça ne me fait ni chaud ni froid.

Après, il y a le problème des enfants, me direz-vous, car le projet de loi prévoit l’adoption. Oui, et non. Oui, parce que c’est là que j’y trouve mes raisons. Non parce que ce n’est pas non plus une évidence. D’aucuns ont démontré avec brio l’inutilité pratique de la loi, que ce soit pour protéger les membres du ménage ou l’absence de nécessité d’augmenter le nombre de couples en demande d’adoption. La demande est donc principalement symbolique, ce qui n’est pas pour autant blâmable. Cette question est donc réglée. Mais après, il y a l’éternel problème de savoir si un enfant sera aussi heureux chez des parents homos que chez des hétéros. En soi, on peut trouver plein de spécialistes de l’enfance et autres psychologues qui nous diront qu’il n’y a aucune différence ; dans le même temps qu’il y en aura qui diront que ce n’est pas pareil, bien sûr. Au final, la seule chose qu’on sait c’est qu’on n’en sait fichtrement rien – très socratique, tout ça. Je ne suis pas sûr qu’on puisse dans l’état actuel des choses avancer des arguments absolument irréfutables d’un côté ou de l’autre. Mais même si c’était le cas, regarder les choses sous cet angle ne m’apporte pour ma part aucune réponse.

Alors, changeons d’angle, pour adopter, sans mauvais jeu de mot, celui de l’enfant, car c’est lui qui subira les décisions du législateur. Un enfant, lorsqu’il a subi la perte de ses parents pour diverses raisons, aboutit dans un orphelinat, lequel lui trouve une famille qui puisse lui convenir, avec de nombreuses procédures. Ces procédures ne sont pas des formalités, c’est pourquoi une procédure d’adoption peut durer parfois 3 ans. A ce moment-là, on cherche ce qu’il y a de mieux pour ce pauvre gosse en manque d’affection, d’attention, de repères, de modèles, d’êtres de confiance disponibles, en un mot de parents, et au début surtout d’une maman. On cherche des parents qui conviennent pour un enfant donné, pour qu’il soit le plus heureux possible, que ça se passe le mieux pour lui. En aucun cas, on ne fait ça pour que les parents puissent élever un enfant, mais bien pour qu’un enfant puisse s’épanouir. Dans ce cas, s’il y a beaucoup plus de parents qui veulent adopter que d’enfants adoptables, pourquoi s’entêter à le donner à un couple où il n’y aura pas de père ou pas de mère ? A ce moment, c’est évident qu’on évite déjà de donner l’enfant à un couple brutal, on n’a pas besoin d’un couple de gentils gays à la rescousse, d’autant que le fait qu’ils soient gays ne les empêche pas de facto d’être moins violents, ce serait assez merveilleux …

On entend souvent à ce propos l’exemple de l’adoption par les célibataires, souvent utilisé comme argument massue. Cette pratique a été légalisée dans un contexte d’après-guerre, parce qu’il y avait un besoin massif de personnes pour adopter les enfants très nombreux dans les orphelinats – non, la fin des Choristes, ce n’est pas exactement ça. De plus, on confie souvent aux célibataires des enfants à difficultés, ce qui n’arrange rien pour personne. Pire encore, plusieurs pays n’acceptant pas de leur confier des enfants, les célibataires sont fortement contraints dans leur démarche. C’est difficile pour eux. Et pour l’enfant qu’ils adoptent. Et ce sera pareil sinon pire pour les couples homosexuels, du moins à l’international. Alors puisqu’aujourd’hui, il y a assez de couples hétérosexuels aimants pour tout le monde, pourquoi partir dans l’inconnu sans garanties ?

Quand à la PMA et la GPA, qui semblent être les prochains projets d’amendements, je suis unanime, comme dirait l’autre. Si l’on tue déjà les individus qui ne nous plaisent pas (96% de la population trisomique avortée), en créer selon notre désir achèverait la migration irréversible vers le monde d’Aldous Huxley, ce que la société ne peut pas décemment désirer. A ce sujet, je vous laisse les bons mots de notre cher ami de “le jaune c’est moche et ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie” :

« Qu’ils aient une assurance dans la vie, pourquoi pas? Par contre, je suis violemment contre les mères porteuses, les ventres loués pour que ces messieurs jouent à la poupée. Ça, je déteste. Des enfants sans mère, j’en veux pas ! »

Karl Lagerfeld

Je ne suis pas spécialiste, mais le fait d’avoir eu à tous les âges de mon enfance et de mon adolescence mon père et ma mère pour me guider, me porter, me raisonner, m’aimer, et mille autres choses encore me semble véritablement épanouissant et porteur. Cela ne vous convainc peut-être pas, mais ça me suffit.

“Dis, tu viens à la manif ?”

Une fois mon opinion faite, se pose la question d’aller manifester. La dernière fois, je n’y étais pas allé, quand bien même ma famille et mes amis y étaient. Parce que j’avais du boulot, mais aussi parce que le principe de la manifestation ne m’amusait pas. Une manifestation, ce n’est pas un lieu où l’on discute, où l’on débat, où l’on respecte. La manif, c’est le lieu où l’on affirme, où l’on scande, où l’on gueule ses opinions en espérant gueuler plus fort que les autres. On ne réfléchit pas, on hurle. Cela me semblait du coup être le contraire de la démocratie. Je me disais que je serais bien plus utile à essayer de discuter sur Twitter, pour débattre et échanger.

Mais j’y ai réfléchi. Car sur Twitter, les gens sont cachés derrière leurs écrans, ils – et moi aussi, bien sûr – ne réfléchissent pas, ils réagissent. Affronter les trolls des deux côtés, essayer de tempérer les propos sans rester dans le relativisme est très dur, et inutile. Je ne suis pas assez patient pour avoir le courage de prêcher dans le désert. Et finalement, la démocratie, c’est aussi, et surtout la voix du peuple. Le peuple, quand il veut parler, il descend dans la rue, et c’est ce qui lui garantit que sa voix est vraiment prise en compte. Et si, après avoir réfléchi à ses opinions, il veut les faire valoir, il arrive comme aujourd’hui qu’il n’ait pas d’autre solution.

Pour ma part, je veux faire valoir mes opinions. Je veux me battre contre l’homophobie, contre toute forme d’intolérance, de jugement hâtif et de haine, et ce des deux côtés. Et s’il y a un combat qui me semble urgent, c’est celui contre la fausse définition du mot “homophobie” qui se répand insidieusement, celle selon laquelle un homophobe serait un opposant au mariage gay. Ceci permet malheureusement aux vrais homophobes de se planquer et joue en leur faveur. Et ce n’est souhaitable pour personne, à commencer par les personnes homosexuelles.

Pour toutes ces raisons, oui, papa et maman sont OK, je serai à Paris dimanche.

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