Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait

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Je suis allé sur la place de l’Etoile dimanche, faire face aux CRS. De mon plein gré. Et j’ai été aspergé par les gaz lacrymogènes. Je l’avais cherché.

À aucun moment je n’estime avoir été victime de violences policières injustifiées. Oh, j’ai bien conscience que d’autres l’ont été, mais tel ne fut pas mon cas. Lors de la manifestation, affecté au service presse, j’entendais dans l’oreillette le récit des autres observateurs : « Ça craque de partout », « Les CRS sortent les casques et les boucliers », « Les gens font un sit-in », « BFM TV est sur la place de l’Etoile », « Christine Boutin a été filmée sur la place ». Conscient que désormais, les médias ne s’intéresseraient plus au million de personnes situées devant le podium, j’ai fini par aller voir et filmer ce qui se passait, et au bout d’un moment, conscient que la Manif Pour Tous ne pouvait rien faire et n’avait rien à faire sur la place, j’ai retiré mon badge et refilé ma radio.

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Ce que la manif aurait du rester, mais ne pouvait pas rester.

Puis j’ai fait partie de cette masse hétérogène composée certes de militants du GUD, mais aussi d’étudiants pacifistes, d’élus, d’électeurs de Hollande déçus et de retraités, arrivés là plus ou moins par hasard, par curiosité, pour aller sur les Champs-Elysées, pour gueuler parce qu’au bout d’un moment, ils en avaient marre. Ce n’était pas de la haine, ni même de la colère aveugle que l’on sentait dans cette foule disparate, mais de l’exaspération d’être ainsi méprisés par celui qui voulait être le Président de tous les français.

Il y a eu alternance entre affrontements violents, ponctués de bouffées de gaz lacrymogène, de coups de matraque et d’interpellations, et des moments apaisés, les crânes rasés ayant trouvé d’autres moyens pour aller sur les Champs. L’affrontement était alors pacifique, nous tenions notre position sans arrogance, allant jusqu’à nous assoir aux pieds des CRS qui comprenaient notre geste et nous toléraient, voyant que nous faisions pacifiquement ce que nous considérions comme notre devoir.

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Occupation pacifique.

Nous sommes restés là un bon moment, jusqu’à ce que les gars du GUD reviennent pour attaquer le barrage des CRS sur les deux fronts. N’ayant pas de gout pour la violence, nous sommes partis, et suivant la foule, nous sommes arrivés sur les Champs-Elysées, sur lesquels nous ne sommes pas restés bien longtemps.

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Alors oui, ce que j’ai fait était con. J’ai outrepassé la loi. J’ai pris le risque de passer la nuit au poste. Mais si je suis con, c’est aussi parce qu’à force de mépriser un mouvement capable de faire deux manifestations de plus d’un million de personnes, de rassembler 700000 pétitions en un temps record, le gouvernement me prend pour un con. Alors comme le dit Audiard, puisque de toute façon je suis hors la loi, puisque je n’ai plus de droit d’expression, je me comporte comme un con, j’ose tout. Je suis prêt à tout oser parce que je n’ai rien à perdre. La Manif Pour Tous n’a rien à perdre. Et sa colère monte, devient sourde, et risque fort de passer de constructive à destructrice.

De fait, une frange non négligeable de la population se crispe quand on lui dit « Désormais, la racaille, c’est vous. » Manuel Valls nous balaie d’un revers de la main, nous nettoie du sol parisien d’un coup de karcher comme un autre en son temps. Nous avons essayé absolument tous les moyens démocratiques : la demande de référendum, la pétition, le débat, la rue. Et le gouvernement méprise indifféremment toutes ces initiatives. Alors mécaniquement, inéluctablement, il ne reste que la violence. La violence ne résout rien, mais l’inaction est insupportable, et l’homme préfère détruire lui-même son œuvre que la voir agoniser sans rien faire. L’homme préfère abolir la démocratie que contempler sa lente décrépitude.

Alors quand Christine Boutin cherche à se faire passer pour une victime parce qu’elle a été gazée, en demandant la démission de Manuel Valls, elle se trompe à double raison. Premièrement parce que je l’ai vue tomber sous mes yeux, et qu’elle était au milieu des gars du GUD. Elle ne peut pas prétendre avoir ignoré ce qui l’attendait. Deuxièmement, parce que le gouvernement ne veut rien rien entendre, que la situation est bloquée. Hurler avec les loups ne sert à rien. Si la Manif cherche aujourd’hui encore d’autres moyens de se faire entendre, en s’indignant contre les violences policières et le scandale des chiffres, c’est parce qu’elle ne peut faire que ça. La situation semble vraiment bloquée, le passage en force de la loi semblant inévitable.

Face à cette prise de conscience, de plus en plus le mouvement prend un nouveau visage, un visage ambivalent. Non pas celui, homophobe et haineux, que les médias voudraient voir, mais un visage déterminé et clairvoyant. Déterminé, parce que le point de non-retour me semble dépassé, que le vent de la révolte se lève et que le combat ne s’arrêtera pas à la simple loi Taubira. Clairvoyant, car de plus en plus nous prenons conscience que nous ne nous battons pas pour une quelconque opinion sur les gays, leurs enfants, ou l’adoption de ces derniers, ce que je croyais il n’y a pas si longtemps, mais pour une vision de l’être humain, contre un libertarisme finalement liberticide. Pour une éthique de la vie. Une conception humaine, sensible de la vie. Pour une science, une société, une politique au service de l’homme. Une écologie humaine. Au-delà des assertions tonitruantes de Frigide Barjot, Tugdual Derville l’a très bien compris : L’enjeu n’est pas du tout cette loi, il la dépasse allègrement.

Si cette nouvelle face de la mobilisation est ambivalente, c’est que certains, surtout des jeunes d’ailleurs, se croient en résistance. C’est l’initiative du printemps français, que je n’aime pas trop, non pas à cause de ses idées, ni à cause de ses actions, mais à cause de son nom, qui à lui seul l’empêche d’être pacifiste et le fait vecteur d’un rejet pur et simple du gouvernement dont il n’est pas question ici. Mais de l’autre côté, il y a le collectif pour une écologie humaine, créé par ce même Tugdual Derville – décidément, il est de tous les bons coups –, qui s’attache à repérer les enjeux et les conséquences de ce qui attend la société, pour y réfléchir. C’est là  que doivent s’orienter nos forces.

Alors si l’espoir d’arrêter le projet de loi s’amincit presque de jour en jour, si nous avons envie de crier notre indignation, il nous faut dès aujourd’hui réfléchir à l’action de demain. Si aujourd’hui nous sommes cons et que nous échouons, n’oublions pas que tout le travail que nous avons fourni n’est pas perdu, a contribué à éveiller et sensibiliser les consciences à la nécessité vitale de combattre le scientisme, et que nous pourrons rentabiliser cette sensibilisation. A la seule condition de continuer à se battre pour que la société respecte son semblable et agisse librement pour l’égalité dans la fraternité. Par exemple, en se mobilisant contre le projet de loi actuellement à l’étude à l’Assemblée Nationale. Parce que ceux qui nous reprochent de se mobiliser en masse contre le mariage gay mais de rester dans notre canapé quand on touche à l’embryon n’ont pas tort. Alors continuons le combat.

NB : Toutes les photos et vidéos de l’article ont été prises par mes soins.

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16 commentaires sur “Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait

  1. poussieredumonde dit :

    C’est bien écrit mais… Je ne suis pas d’accord du tout. Pour moi, c’est un peu jouer au plus con, et je trouve que c’est dangereux. Tu dis que la Manif pour tous n’a rien à perdre, mais si ! Sa crédibilité, son message…Ne faisons pas fi des priorités qui nous ont motivées pour aller à Paris Dimanche : l’entêtement et la malhonnêteté politique des uns ne justifie en aucun cas la bêtise des autres !

    • jjdandrault dit :

      Tout d’abord joyeuses Pâques, et pardon d’avoir mis autant de temps à valider ce commentaire.
      Je suis à la fois d’accord avec toi, et à la fois d’accord avec mon article, qui était écrit un peu à chaud, je dois l’avouer. J’ai vraiment un sentiment ambivalent. Car d’un côté si on reste des Bisounours, on n’exerce aucune pression, aucune forme de conviction sur nos dirigeants.
      Mais si on se radicalise, on perd notre côté tolérant et apolitique qui faisait notre force.
      Au final, je dois avouer que je ne sais vraiment pas …

  2. Anjeszka dit :

    Je comprends votre hésitation à tous les deux. Mais permettez-moi de proposer un entre-deux, qui correspond aux aspirations de beaucoup : ne pas exercer la violence, mais être prêts à la subir. En allant marcher sur les Champs le 24, sans pousser les barrages (il n’était pas besoin de le faire pour y arriver), sans casser voitures et vitrines, sans violence quoi, on montre qu’on est prêt à prendre des risques pour nous, sans en faire subir les conséquences à d’autres. On montre notre détermination, en gardant une légitimité. En enfreignant la loi sans violence, on montre notre détermination, on montre que le gouvernement utilise la loi pour nous ignorer superbement, et on fait passer positivement notre message. Point n’est besoin d’être nous-mêmes violents pour arrêter de nous conduire en bisounours.

    • jjdandrault dit :

      Bonjour !
      En effet, ce que vous proposez a du bon : c’est un peu incarner une force tranquille, être doux mais ferme.
      Ensuite, la question est vraiment de l’efficacité de tels procédés, aux vues de la tourmente médiatique que cela crée … Qui sait ? 😉

    • Sébastien dit :

      Enfreindre la loi sans violence… faire passer positivement votre message. Pour moi c’est contradictoire mais bon… Par définition quelqu’un qui enfreint la loi est un délinquant au minima (de « délit »).

      • jjdandrault dit :

        Vous n’avez pas vraiment tort, c’est pour ça que prendre cette position nous met sur le fil du rasoir.
        Quand on voit qu’il n’y a pas moyen de se faire entendre légalement, qu’on essaye de nous retirer notre liberté d’expression, on peut dire que l’Etat met (partiellement, hein, on est pas en 1789) en cause sa légitimité. Dès lors certaines entorses à la loi peuvent être légitimes … C’est l’idée. Mais je suis d’accord qu’en pratique, c’est pas évident.
        Enfin bon, s’assoir devant un CRS, de là à dire que c’est de la délinquance … 😉

  3. Sébastien dit :

    Je comprends votre désaccord vis à vis de ce projet de loi, mais pour parler de démocratie, Hollande avait clairement cette loi dans son programme. Une majorité des français ont voté pour lui, la démocratie a parlé.

    Que vous croyez encore néanmoins qu’un homme, fusse-t-il Président de la République, puisse encore apporter tous les remèdes miracle à l’économie et qu’un candidat respecte tous ses engagements une fois Président, c’est être bien naïf.

    Nous sommes 65 millions, c’est pas quelques centaines de milliers dans les rues qui vont faire la loi quand même, sinon ça s’appelle l’anarchie. Mais vous avez tout à fait le droit d’exprimer votre désaccord en manifestant. La liberté est l’une des trois grandes valeurs de la République, mais j’ai bien l’impression que vous oubliez la Fraternité et l’Egalité concernant ce projet de loi.

    Par contre je salue votre pugnacité. Bon courage pour le 26

    • jjdandrault dit :

      Bonjour !
      Beaucoup de gens de ma connaissance ont voté Hollande en se disant : Ses mesures sont meilleurs que celles de Sarkozy, qui n’en faisait qu’à sa tête, Hollande saura s’entourer. Pour le mariage Gay, nous nous battrons. Croyez vous qu’il est interdit de voter pour un candidat pour une majorité de ses mesures, tout en voulant s’opposer à l’une d’entre elles ?

      Ensuite, oui, il n’y a pas eu la moitié du peuple français dans la rue. Pour un million qui descend dans la rue, combien sont d’accord mais ne font pas cet effort, ou ne peuvent pas le faire ? Il y avait il 30 millions de personnes aux meetings de Hollande ?

      Pour l’égalité, cet argument d’égalité *entre les couples* est très discutable malheureusement. Quand à la fraternité, cela ne consiste pas pour moi à accepter tout ce que demande n’importe qui, mais à regarder chaque situation avec bienveillance, et réfléchir aux meilleurs outils pour l’aider. Le mariage gay, je serais pour s’il n’entraînait pas mécaniquement la PMA et la GPA qui consistent à créer artificiellement des êtres humains pour répondre à la volonté de certains. Cet eugénisme me dégoute … Va t’on vers une société comme celle de Brave New World ? Est-ce ça la fraternité ?

      En tout cas merci de remarquer notre détermination 😉

      • Sébastien dit :

        Il va falloir que vous m’expliquiez en quoi cette nouvelle loi ouvre-t-elle « mécaniquement » le droit à la PMA et à la GPA? Personnellement j’ai lu la loi et je n’y ai vu aucune référence. Les deux sont illégales en France, seule l’AMP est autorisée pour un coupe hétérosexuel en âge de procréer.

        Donc in fine, mise à part un fondement religieux, je ne vois guère en quoi cela vous cause un problème que deux personnes du même sexe puisse s’unir légalement, librement.

        Après si jamais un projet de loi veut s’attaquer à la PMA et à la GPA, je serai des vôtres.

      • jjdandrault dit :

        Bonjour !
        En fait, si le pdl ne visait qu’à reconnaître le mariage entre deux personnes de même sexe, ça ne me gênerait pas. Mais une fois le projet adopté, la PMA et la GPA suivront. Il suffit de voir ce que disent Nicolas Gougain et Pierre Bergé. Ils préparent déjà le terrain pour continuer.
        Ce qui me gêne dans le projet actuel, c’est qu’un enfant sans lien biologique avec un couple soit confié à un couple homosexuel (une adoption « extérieure » quoi).
        C’est toujours cette histoire de donner *préférentiellement* un père et une mère à un gosse qui n’en à plus du tout … S’il est de fait éduqué par un de ses parents biologiques avec quelqu’un en couple avec quelqu’un de même sexe, la je dis pas.

  4. Démocrate Avant Tout dit :

    Je suis toujours étonné qu’on puisse, en toute tranquillité, dénier un droit dont on joui à un concitoyen.
    Vous avez le droit de vous marier, d’adopter, à la FIV, alors… pourquoi refuser cela à une autre concitoyen ?
    N’avez-vous pas lu la constitution ? Ou bien n’êtes-vous pas d’accord avec le fait qu’on ne doit pas juger quelque sur son orientation sexuelle, sa religion, sa couleur de peau, ses origine ?

    Donc, un français, un citoyen comme vous (puisqu’on ne fait pas de différences) n’aurait pas les mêmes droits que vous ?

    C’est exactement ce qu’on appelle le fascisme : la loi du plus fort, le deni de démocratie.

    Selon mes critères de démocrate, je vous situe dans la lie de l’humanité.

    • jjdandrault dit :

      Bonjour 😉
      Comme j’ai déjà répondu autre part sur ce blog, je vais faire court : Je suis pour le mariage gay en tant que tel, s’il ne comprend pas l’adoption, car je pense que l’adoption n’est pas un droit. Il s’agit de recueillir un enfant qui n’a pas la chance d’être élevé par ses parents. Et pour cela il faut le confier à une famille la plus « biologique » possible : un père et une mère aimants. C’est pour cela que je suis également opposé à l’adoption par les célibataires, qui a été légalisé à cause d’un trop-plein d’enfants à adopter, tandis qu’aujourd’hui il y a beaucoup plus de familles qui demandent que de gosses à adopter. Aucun rapport avec les droits des couples homosexuels, que je ne renie pas du tout 😉

      Pour le fascisme, sérieusement, me mettre dans la lie de l’humanité sans chercher à comprendre mes idées, comment appelez-vous cela ? 😉

      • Sébastien dit :

        Vous sous entendez donc qu’un couple homosexuel est, par nature, moins aimant qu’un couple hétérosexuel. Allez jusqu’au fond de votre pensée, ça nous intéresse.

      • jjdandrault dit :

        Alors la je n’ai jamais pensé ça 😉 Si j’ai précisé aimant, c’est pour pas qu’on me fasse le topo des familles hétéroparentales qui battent leurs gosses, ce qui est un drame mais ne saurait constituer un argument dans ce cas précis.

      • Sébastien dit :

        OK donc sur quoi repose votre commentaire « il faut le confier à une famille la plus « biologique » possible »? En quoi le fait d’avoir comme parent adoptif un coupe hétérosexuel est-il mieux qu’un coupe hétérosexuel ?

      • jjdandrault dit :

        Au vu des différentes études publiées sur le sujets qui sont foireuses dans un sens comme dans l’autre, on n’en sait rien. Dans le doute, nul besoin de prendre le risque. C’est l’intérêt de l’enfant, le principe de l’adoption, pas celui des parents …

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