Le Cercle des poètes disparus, ou l’utopie d’une éducation

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J’ai vu récemment le film Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society), de Peter Weir avec Robin Williams, sorti en 1989. Un drame américain comme on savait encore en faire.

Dans un collège américain dénommé Welton dont l’excellence est aussi marquée que l’austère discipline, les élèves se comportent comme de faux résistants, se bornant à construire des postes de radio ou à fumer en cachette. Le film se focalise sur une bande de garçons constitués principalement de Neil Perry, élève brillant, destiné à une grande carrière par son père qui se saigne pour lui permettre d’étudier dans cet établissement prestigieux, qui aspire cependant à autre chose, et de Todd Anderson, petit nouveau à la timidité maladive, arrivant là dans l’ombre de son frère, ancien élève ayant fait la gloire de l’école.

Ces élèves sont résignés à passer leur scolarité à apprendre bêtement ce qu’on leur assène. Mais l’arrivée d’un nouveau prof de poésie anglaise va révolutionner leur vie. Cette matière est pour eux la seule discipline non scientifique qu’ils étudient, et ils la voient comme un autre ensemble de connaissances à apprendre par cœur. Mais le professeur John Keating ne voit pas l’enseignement de cet œil et encourage ses élèves à avoir une approche sensible de la poésie, à la laisser insuffler un souffle de vie dans leur existence, par la maxime latine « Carpe diem ».

Au bout de quelques jours, ses élèves découvrent dans les archives de l’école que Mr. Kitting, ancien élève de ces lieux, était membre en son temps du « Cercle des poètes disparus », association étudiante dont ils n’avaient jamais entendu parler et qui n’est mentionnée nulle part ailleurs. L’explication du prof est pour le moins mystérieuse : Des jeunes garçons se retrouvaient dans une vieille grotte pour lire de la poésie, et « extraire la moelle de la vie. »

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« Nous laissions la poésie ruisseler de nos langues »

Quoi qu’il en soit, Neil saute sur l’occasion de sortir de son train train habituel et propose à ses comparses de renouveler ce club peu orthodoxe. La nuit venue, ils font donc le mur pour investir la vieille grotte indienne et déclamer des vers à leur manière fantaisiste, jusqu’à la transe.

Ces réunions secrètes leur font reprendre le dessus dans leur vie, l’un trouvant le courage de courtiser la fille dont il est subitement tombé amoureux, l’autre combattant sa timidité. Neil pour sa part prend conscience de son goût pour le théâtre, et se fait enrôler dans la troupe du coin pour jouer Puck dans Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare contre la volonté farouche de son père.

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Le soir de la pièce, Mr. Perry est présent, ce qui n’empêche pas Neil de jouer à merveille. À la fin, il est arraché à ses admirateurs par son père, qui le ramène de force à la maison, lui présentant son incompréhension la plus virulente et le spectacle de sa mère dévastée par le conflit familial. Et dans une scène au mélodrame exagéré, Neil s’identifie à un personnage de tragédie et se suicide dans le bureau paternel, sans avoir vraiment cherché à sortir de l’impasse.

Mais ce n’est pas cette mort somme toute inutile que je voudrais développer. En effet, les élèves ont mal compris le message subtil de leur mentor. Comme l’explique Mr. Kitting à son directeur, il considère que le but de l’éducation est d’apprendre aux jeunes à penser par eux mêmes, à étudier avec intelligence. Que l’étude soit constructive pour l’individu, qu’elle l’élève.

Mr. Kitting voulait faire des ses élèves des hommes libres, au sens de libres penseurs. Ces derniers ont probablement compris cette liberté autrement, et c’est pourquoi le film se solde par un échec. Mais la scène finale, ou les élèves montent sur leurs tables pendant le cours dispensé par le directeur de l’école, laisse un peu d’espoir. Certes, ils n’ont pas compris, mais leur âme a été ensemencée par la libre pensée, les laissant faire germer cette lueur de liberté humaine. Plus tard, ils se souviendront de ces cours, de cette vie, et en tireront les enseignements.

Ce film témoigne en fait du passage que chacun doit faire de la soumission à des carcans, qu’ils soient idéologiques, familiaux, sociaux, politiques, à la pensée libre qui choisit elle-même ce qu’elle pense devoir faire, ce qu’elle pense être le bien.

“Etre libre, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais c’est vouloir ce que l’on peut.” – Jean-Paul Sartre

J’irais plus loin en disant que la liberté, c’est choisir librement de faire le bien. C’est un grand cheminement d’arriver jusqu’à là. Mais est-ce que l’éducation donnée par Mr. Kitting en était capable ? Parce que pour être tout à fait honnête, il faut avouer que toute éducation est une forme de formatage. Tout bon prof entraine l’adhésion de ses élèves, adhésion qui est forcément un peu aveugle. Et finalement, l’enjeu du film serait plutôt le différent qui oppose le directeur au prof de français :

“Mr. Kitting – L’objectif de l’éducation est d’apprendre à penser par soi-même.
Mr. Nolan – A leur âge ? Jamais de la vie, voyons ! Le respect des traditions, la discipline, une bonne préparation pour l’université et le reste se fera tout seul.”

Est-ce que c’est possible ? C’est finalement la question qu’on se pose. L’objectif de Mr. Kitting n’est il pas utopiste et vain ? Est-il possible, quand on est jeune, de penser par soi-même ? À quel âge peut-on espérer avoir assez de maturité ? Mais même après, peut-on réellement s’affranchir de nos préjugés ? Peut-on arriver à une opinion réellement personnelle, à une pensée libre ?

Souvent, les jeunes reproduisent le schéma familial presque sans s’en rendre compte. Ils votent comme leurs parents. Mais avant, ils sont passés par l’adolescence, période où ils s’opposent à l’autorité parentale. Cette forme primaire d’opposition a au moins le mérite de les obliger à choisir eux-mêmes ce qu’ils veulent penser, et s’ils retrouvent plus tard les opinions de leurs parents, ce sera le fait d’une démarche active de leur part. A tout âge, on peut espérer progresser, avancer, cheminer. Et oui, des rencontres avec des personnalités fortes peuvent nous interloquer et nous obliger à nous remettre en question. Mais rien n’est jamais acquis. C’est une démarche progressive. Et Mr. Kitting a lui-même beaucoup appris de l’histoire tragique de ces adolescents. C’est pour moi le message principal de ce beau film.

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7 commentaires sur “Le Cercle des poètes disparus, ou l’utopie d’une éducation

  1. Jodha dit :

    Bonne réflexion, une nouvelle raison pour voir ce film !
    J’ai commencé néanmoins la version Bollywood, plus légère mais aussi profonde.
    On verra dans quelques temps pour la comparaison ..! 🙂

  2. JJV dit :

    La suicide n’a aucun sens ! A son age, c’est pas normal de se sentir bloqué A VIE par son père

    • argali dit :

      Nous sommes dans les années 50. L’autorité paternelle n’a pas encore été remise en cause par mai 68. S’il s’oppose à son père que lui restera-t-il ? C’est lui qui finance ses études. Il n’a pas la force, l’audace de s’expliquer, il le craint et le respecte. Il ne veut pas être médecin. Pour lui, il n’y a pas d’issue possible.

  3. NWANDA dit :

    Les étudiants ont compris le message de Keating, ils se fichent de simplement créer une opposition. Cette leçon est apprise lorsque Nuwanda se fait frapper,  » sucer la moele de la vie ne signifie pas avaler l’os », celui ci à décidé de se laisser virer de son école, son honneur, où plutôt de ce que l’on appelle communément  » ego », était en jeu. « La liberté est la possibilité d’accomplir ses désirs dans sa conception du bien, la volonté n’a aucune limite, tout est possible. En ce qui concerne Neil Perry, ayant interprété « pour ne pas, à l’heure de ma mort, découvrir que je n’avais pas vécu » par son suicide, je conclus que l’adolescent était beaucoup trop fragile, pour lutter seul contre, avec la vie, malgré la présence de ses amis. Je suis désespéré des procédés d’évaluations genre commentaire littéraire suivit au lycée, être contraint de suivre le « moule » sur un texte ayant une interprétation différente pour chacun, comme les poésies romantiques; j’espère rencontrer un jour, un professeur « Keating » apprenant à penser par soi même, tentant de faire valoir cette opinion sur l’importance de l’identité, qui est aussi la mienne. « Les laissant debout sur leurs pupitres maître d’eux mêmes et de leur destin »

  4. Mr.kitting dit :

    Juste il faudrai rectifier Mr.kitting en keating comme au début sinon une belle analyse de tout le monde le principal est la . Mais je tien a félicité l’auteur , j’ai trouvé cette œuvre plutôt excellent .

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