Témoignage d’une jeune gardée à vue

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Une de mes amies, restée sur place après la manifestation de dimanche, a été envoyée en garde à vue sans ménagements, alors qu’elle n’avait fait qu’assister passivement aux événements. Je lui ai proposé de publier son témoignage, que voici. Même s’il n’est qu’une vision personnelle, il donne une idée de la répression que beaucoup, même parmi les pro-mariage pour tous trouvent scandaleuse.

Témoignage d’une jeune gardée à vue

La manifestation contre le mariage pour tous se termina vers 19h30, et ce fut ensuite vraiment la guerre entre certains manifestants et la police. La police attaquait les manifestants avec des bombes lacrymo, et, parallèlement, des bouteilles de bière et des pétards étaient lancés sur les CRS. J’ai l’impression qu’il y avait quelques manifestants franchement excités qui voulaient montrer qu’ils n’accepteraient jamais la loi Taubira, mais qu’il y avait aussi des provocateurs de la police, des flics en civil, aisément reconnaissables.

À partir de 22h, le nombre de manifestants a largement diminué, mais ça restait hyper pacifique dans l’ensemble. Moi, je discutais tranquillement avec un ami en attendant que la rue de l’université, bloquée par un important barrage de CRS, soit ouverte pour pouvoir quitter l’esplanade des Invalides. Un groupe s’était formé et attendait assis sur le trottoir en train de gentiment chanter des chants, comme « Santiano » par exemple. On a alors voulu s’approcher du groupe mais, soudain, des flics en civil se sont énervés, je me suis alors fait violemment projeter en avant, j’ai couru suivant le mouvement de foule pour m’échapper, mais un barrage de CRS nous coupait la route et nous ordonna d’aller de l’autre côté pour partir. Cependant, une fois de l’autre côté, ils nous dirent la même chose, c’était donc trop tard, nous étions encerclés ! J’ai perdu mon ami au moment ou les flics en civil m’ont poussé, et j’ai appris plus tard qu’il s’était fait très violemment tabasser …

Il y a alors deux bus qui sont arrivés. Nous avons été forcés d’y monter. Une fois dans le bus, alors que l’ambiance était bon enfant et que les manifestants restaient joyeux, calmes et souriants, malgré la fatigue et l’énervement dus à une GAV sans raison, les policiers nous gazaient pour qu’on fasse moins de bruit !

J’ai été particulièrement frappée par la violence des CRS lorsque des jeunes filles qui nous encourageaient joyeusement lorsque nous sommes passés en bus devant elles furent violemment projetées contre le sol de la route par des flics en civil !

Nous sommes alors allés au commissariat rue de l’Evangile, où nous avons passé une grande partie de la nuit dehors, en attendant d’être mis en garde à vue. Nous chantions des chants pour faire passer le temps et rester éveillés.

Nous avons ensuite été dispersés dans différents commissariat de Paris et de banlieue, le mien était celui des Invalides. Une fois là bas, j’ai été mise dans une cellule avec trois autres jeunes filles, nous avions deux matelas pour quatre, nous nous gelions, c’était définitivement impossible de dormir, bref, une bonne nuit blanche, offerte généreusement par la préfecture de police !

Puis, nous avons été auditionné chacune notre tour et nous avons du suivre toutes les procédures comme la prise d’empreinte, les photos … Avant d’être libérés, le procureur de la république devait valider notre audition. C’était vraiment important, puisqu’on menaçait la République ! Or, entre 17h et 18h, mes amies ont toutes été libérées, alors que je ne l’étais toujours pas. Les garçons de la cellule d’à côté étaient eux aussi partis, je me sentais bien seule avec comme seuls compagnons des murs blancs très sales, des barreaux, le froid et la faim …

À un moment, une policière est passée, je lui ai alors demandé pourquoi je n’étais pas libéré comme les autres, elle m’a répondu « je ne sais pas, c’est peut-être à cause de votre passé judiciaire » et elle a ajouté que ma garde à vue serait peut être prolongée de 24h, rien de bien rassurant … D’ailleurs, elle avait raison, j’ai un énorme passé judiciaire, il s’appelle : néant ! Les larmes qui coulaient sur mes joues face à la solitude, la fatigue d’une nuit sans dormir et l’injustice profonde que je pouvais ressentir ne sembla en rien l’apitoyer … J’ai lu après-coup sur internet que :

« hormis pour certaines infractions, la durée maximale d’une garde à vue est en principe fixée à 24 heures. Cependant, elle peut être prolongée de 24 heures supplémentaires lorsque le délit ou le crime concerné est puni d’une peine supérieure à un an d’emprisonnement. »

J’ai donc compris pourquoi elle m’avait menacé de prolonger ma peine de 24h. C’est évident que le fait d’avoir discuté avec un ami au mauvais endroit devait être puni d’au moins un an d’emprisonnement ! Mais c’est quoi ce pays ?

Un quota ?

Vers 21h00, après avoir fortement tapé sur la vitre pour qu’un policier daigne venir me voir, j’ai demandé mon portable à une policière pour prévenir mes parents pour éviter qu’ils ne s’inquiètent. Elle m’a dit qu’elle allait se renseigner, mais elle n’est jamais revenue.

Vers 21h30, on m’a dit que j’allais enfin pouvoir sortir, mais c’est seulement vers 22h30 qu’ils m’ont relâché, après m’avoir à nouveau posé quelques questions.

Au final, j’ai donc passé 23h en garde à vue, alors que mon seul délit reste d’être allé au mauvais endroit au mauvais moment. Il m’importe ici de rappeler que cet endroit, l’esplanade des Invalides, reste un espace public quoi qu’il advienne ! Mais quelles étaient les consignes données aux CRS ?

Disproportion ?

Disproportion ?

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11 commentaires sur “Témoignage d’une jeune gardée à vue

  1. Paillette dit :

    J’en ai maaarre de ce pays de m***** ! Merci pr ce témoignage en tout cas !

  2. Yogi dit :

    Disproportionné c’est sûr. Dans quelle mesure est-ce exceptionnel dans les pratiques et l’histoire de la police française, je ne sais pas.

    • jjdandrault dit :

      Je suis tout à fait d’accord. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas en parler 😉

      • Yogi dit :

        Ah mais tout à fait ! Il FAUT en parler, faire du foin autour, etc … Si la LMPT amène à une prise de conscience accrue de certains abus, ce sera toujours ça de pris !

  3. Témoignage parmi d’autres qui montre que le gouvernement méprise les anti-mariage gay.
    On arrive à combien de gardé à vu pour la manif pour tous?
    Les chiffres donne le vertiges.

  4. king keys dit :

    Moi je n’arrive pas a comprendre mes compatriotes. Il y a des milliers de personnes qui meurent de faim et de froid dehors et quand il faut manifester pour qu’ils aient un peu de dignité il n’y a personne. Mais quand il s’agit de manifester contre deux personnes qui « s’enculent entre eux » – excusez moi du mot – il y a des milliers de personnes avec leurs enfants dans les rues. À croire que le mariage gay est plus important que des personnes qui meurent de faim et de froid que le gouvernement abandonne.

    • jjdandrault dit :

      Je comprend votre réaction. Elle est légitime – mis à part que nous manifestons contre personne, mais c’est un autre problème. Pour ce qui est de la pauvreté, manifester contre la pauvreté ne la fera pas disparaître. Tout ce qu’on peut faire c’est agir concrètement, en donnant du temps ou des sous à des associations qui s’en occupent. Et j’espère que les gens qui manifestent pour que les enfants du futur puissent être élevés par un père et une mère s’engagent aussi auprès des plus pauvres. Mais c’est illusoire de croire que c’est la faute du gouvernement 😉

    • Jean Goyard dit :

      Bien sûr militer contre une loi injuste est en ce moment plus important.

      1) Les actes privés des gens sont une affaire entre eux et Dieu ; mais on oublie parfois que les sociétés comme ensemble d’hommes ont aussi l’obligation de se conformer à la loi de Dieu.

      a) une loi illégitime acceptée par une société c’est la société en tant que telle qui contredit les Commandements de Dieu et c’est en soi beaucoup plus grave que les fautes individuelles même très répandues hélas

      b) une loi illégitime et injuste aura un effet d’entraînement désastreux sur peut-être plusieurs générations (cf; loi sur l’avortement)

      c) Saint Augustin explique clairement que, les pays ayant un commencement et une fin (leur fin aura lieu à la fin du monde), ils s’inscrivent dans le temps contrairement à nos âmes qui, elles, sont immortelles), et que pour cela les nations sont châtiées ou récompensées en ce monde (voir la prière de Saint Pie X pour la France).

      Les nations doivent donc rendre gloire à Dieu et militer pour que le contraire n’arrive pas est une tâche très noble.

      2) Quant aux pauvres, l’Eglise a été la première à s’en occuper et elle est à l’origine de la plupart des oeuvres qui s’en occupent encore aujourd’hui. Il y a toujours eu des personnages en vue et de nombreux groupements de personnes pour faire ce que Jean-Paul II a appelé « l’option préférentielle pour les pauvres ». Des ordres religieux ont choisi totalement cette vocation.

      Bien que tous les hommes soient appelés à aider leur prochain, nous savons par l’Evangile qu’ « il y a plusieurs demeures dans la maison du Père » : tout le monde n’a pas la vocation de s’occuper D’ABORD des pauvres. Il y a ceux qui se sentent la vocation d’oeuvrer D’ABORD pour le Bien commun, de s’occuper de la vie de la cité, et c’est ce qu’on fait à LMPT.

      Si la société avec ses lois s’éloigne de l’idéal chrétien, de fil en aiguille, le jour viendra où plus personne ne s’intéressera chez elle à aider les pauvres. Par ailleurs les Saintes Ecritures nous transmettent ceci de Notre Seigneur Jésus-Christ : « On ne vit pas que de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur »… En oeuvrant à préserver l’esprit chrétien dans la société, les pauvres en bénéficieront donc aussi à ce double titre.

      A mon avis il peut donc être sage d’éviter d’opposer l’option préférentielle pour les pauvres (« mais non exclusive » a précisé Jean-Paul II quand il en a parlé) et option préférentielle pour le Bien commun.

      L’Evangile nous dit enfin que Notre Seigneur a reproché à ses Apôtres : « Des pauvres vous en aurez toujours, et jusqu’à la fin du monde. Mais moi vous ne m’aurez pas toujours avec vous » ; il peut donc y avoir des nécessités qui passent avant les pauvres, comme le culte rendu à Dieu, et le militantisme au service du Bien commun dans un temps d’hyper crise comme aujourd’hui.

  5. BENASSI dit :

    mort aux vaches!

  6. […] Lire aussi cet autre témoignage du même genre […]

  7. […] Publié le 3 juin 2013 par Hanoho [BLOG – pense toi-même – le 30 mai] […]

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