Le Cercle des poètes disparus, ou l’utopie d’une éducation

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J’ai vu récemment le film Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society), de Peter Weir avec Robin Williams, sorti en 1989. Un drame américain comme on savait encore en faire.

Dans un collège américain dénommé Welton dont l’excellence est aussi marquée que l’austère discipline, les élèves se comportent comme de faux résistants, se bornant à construire des postes de radio ou à fumer en cachette. Le film se focalise sur une bande de garçons constitués principalement de Neil Perry, élève brillant, destiné à une grande carrière par son père qui se saigne pour lui permettre d’étudier dans cet établissement prestigieux, qui aspire cependant à autre chose, et de Todd Anderson, petit nouveau à la timidité maladive, arrivant là dans l’ombre de son frère, ancien élève ayant fait la gloire de l’école.

Ces élèves sont résignés à passer leur scolarité à apprendre bêtement ce qu’on leur assène. Mais l’arrivée d’un nouveau prof de poésie anglaise va révolutionner leur vie. Cette matière est pour eux la seule discipline non scientifique qu’ils étudient, et ils la voient comme un autre ensemble de connaissances à apprendre par cœur. Mais le professeur John Keating ne voit pas l’enseignement de cet œil et encourage ses élèves à avoir une approche sensible de la poésie, à la laisser insuffler un souffle de vie dans leur existence, par la maxime latine « Carpe diem ». Lire la suite

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Du temps de penser

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Ma contribution à ce blog est loin d’être prolifique, je l’avoue. Le temps, ennemi de la pensée, nous rappelant sans cesse notre finitude d’êtres mortels, m’assaillit de son insatiable empressement. Comment, dans un monde qui depuis notre plus jeune âge nous entraine dans un tourbillon de sollicitations, pouvons-nous nous permettre de nous arrêter pour penser ? Se poser ? Pour tuer le peu de temps que nous aurions pu garder pour nous, l’homme, dans sa grande naïveté panurgique, a créé Internet, outil formidable et perte de temps incommensurable. Comme disait l’autre :

J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.

Bien sur, c’est vrai, mais cela ne suffit pas a expliquer l’homme. La preuve, il – enfin moi, et je ne pense pas être exceptionnel, loin s’en faut, prenons donc mon cas pour une généralité –, recherche ce repos et ce calme loin des tracas quotidiens et propice à la pensée. Nombre de penseurs en ont fait l’éloge. Platon, Rousseau, qui placent leurs dialogues philosophiques dans des décors champêtres, mais aussi les Romantiques, amoureux de cette nature et de cet isolement faisant toucher du doigt l’ineffable, ce à quoi adhèrent tous les grands inspirés des religions judéo-chrétiennes. Moïse, Elie, Jésus, Mahomet se sont aussi retirés dans le désert pour prier et rencontrer leur créateur, et y élaborer leur pensée. La pensée de l’homme nait dans l’isolement, la prise de distance du dialecticien envers l’humanité dont il s’affranchit quelques instants ne peut se faire que par ce biais. L’homme se réalise donc lui-même, donne un sens à son existence en faisant honneur à ce qui le distingue fondamentalement des autres bêtes, sa qualité de “roseau pensant”.

L’obstacle que fait la société moderne à cet exercice de pensée pourrait-il alors être considéré comme avilissant, réduisant l’humanité à un asservissement bestial ? Ne peut-on pas y voir une autre forme de totalitarisme inhérent à la société ? Lire la suite

Une nouvelle dictature

J’aime à utiliser les réflexions livrées par deux utopies que sont les romans 1984 de George Orwell et Brave New World d’Aldous Huxley. Dans un style accessible à tous, ils tissent avec une étonnante clairvoyance encore plus pertinente aujourd’hui deux des futurs possibles et même probables de notre humanité.

Celle de ces deux réflexions que je souhaite utiliser aujourd’hui est celle d’Orwell, et plus particulièrement son développement intellectuel autour du novlangue, cette langue modernisée, et finalement ce moyen de contrôle de la société.

Le novlangue

Le gouvernement fasciste de cette société cherchant à contrôler par tous les moyens possibles ses citoyens, il façonne une langue officielle, le novlangue, ou Newspeak en anglais, consistant en :

  1. Une simplification drastique de la grammaire et du vocabulaire
  2. Une suppression de tous les mots potentiellement hostiles au régime
  3. Une suppression de tous les mots à connotation négative, qui seront décrits à l’aide d’un préfixe in-, par exemple : En Bretagne, il fait in-beau

Ces modifications sont propices à un lavage du cerveau auto-entretenu, permettant de supprimer toute pensée sortant du cadre de la servitude et de l’adhérence aveugle aux idées du régime. Orwell montre de fait l’influence de la langue sur les idées. Une langue riche sera propice à la pensée, et la perte de cette richesse asservira la raison de l’homme.

Le raisonnement d’Orwell, dans le contexte des grandes idéologies du XXe siècle, propose un totalitarisme imposé par la force. Cela n’a plus grand risque d’arriver aujourd’hui, malgré ce qu’en disent les allemands. En revanche, la propagation sous-jacente de règles restrictives transformant la scène politique en un concours de marcher sur des œufs serait parfaitement possible … Lire la suite